Acheter une passoire thermique peut être tentant, dans l’optique de réaliser une « bonne affaire » après rénovation énergétique. Mais les écueils sont nombreux, à commencer par le maelström des aides gouvernementales. Sans oublier le choix du système de production d’énergie, gaz et fuel étant désormais interdits. Rassurez-vous, la solution existe pour mener à bien votre projet.

Détails avec Edwin Carpentier, co-fondateur de Citévo.

 

Passoires thermiques, une opportunité

La tentation est grande. Acheter une passoire thermique avec l’espoir d’en négocier fortement le prix pour compenser le coût des travaux d’efficacité énergétique. « Si ce calcul peut s’avérer payant, les acquéreurs doivent néanmoins garder en tête qu’une fois sortis de l’étude notariale, le plus dur va commencer, prévient Edwin Carpentier, co-fondateur de Citévo. Car les travaux d’amélioration sont à leur charge. Et l’audit énergétique et le critère DPE, obligatoire pour vendre, ne font pas tout. Les préconisations du bureau d’étude, même poussées et chiffrées, ne sont que des indications. » Tout dépend, en réalité, de l’état du bâti et de ses particularités. En théorie, changer d’étiquette DPE est assez aisé. Sortir du G ou du F peut se faire via l’installation d’une pompe à chaleur. Encore faut-il que la configuration de la maison le permette : si les combles sont aménagés, par exemple, l’opération peut être impossible ou trop coûteuse. « Tout dépend aussi de l’objectif de l’acquéreur : veut-il habiter le logement ou le louer ? Dans le second cas, il pourra se contenter d’engager des travaux basiques pour passer en E, conformément à la loi. S’il veut une maison efficace énergétiquement, en visant l’étiquette D voire C, il devra envisager une rénovation globale avec une isolation complète, par l’intérieur (ce qui réduit l’espace disponible) ou par l’extérieur (selon la qualité de la façade), le changement des ouvrants, pour éviter les ponts thermiques, et la modification du système de chauffage. Un investissement d’une tout autre ampleur. »

Des entreprises RGE obligatoires mais en raréfaction

A l’heure actuelle, le taux de rénovation globale des passoires thermiques est inférieur à 5%. Les raisons de cette désaffection sont limpides : le coût des travaux, la complexité des dispositifs d’aides et le nombre insuffisant d’entreprises labellisées RGE (Reconnu Garant de l’Environnement). « Les acheteurs avancent pas à pas dans la rénovation du logement car cela coûte cher. Remplacer les huisseries, par exemple, par des versions en double vitrage peut atteindre des sommes très importantes en fonction de leur nombre. Remplacer la chaudière à fuel par un système de géothermie représente entre 35 et 40 000 euros d’investissement. En zone rurale, le poêle à bois ou à pellets peut être privilégié, mais c’est moins pratique en ville. Dans tous les cas, la pompe à chaleur est le dispositif le plus abordable, à moins de 10 000 euros pour un système simple. » Autre frein, la diminution du nombre d’entreprises labellisées RGE. Selon l’ADEME, 63 000 étaient certifiées fin 2022 contre 65 013 en 2021. Sur 560 000 entreprises artisanales du bâtiment. Ce label est pourtant un gage de qualité qui certifie qu’au moins un collaborateur de l’entreprise a été formé à la transition énergétique. « Ce sujet n’est pas un détail, poursuit Edwin Carpentier. Il est un véritable angle mort de la politique de rénovation énergétique. S’il est déjà très difficile pour les particuliers désireux de se lancer dans la rénovation énergétique de leur maison de trouver la bonne entreprise, c’est pire pour une entreprise RGE. D’autant que seules ces dernières sont habilitées à faire les travaux si l’on souhaite bénéficier du dispositif d’aides MaPrimRénov’ ou des CEE (Certificats d’Économies d’Energie). »

Une trajectoire carbone inatteignable

Le déficit d’entreprises RGE est une vraie pierre d’achoppement dans le dispositif gouvernemental actuel qui vise à la neutralité carbone d’ici 2050. Mais ce n’est pas la seule. « L’empreinte carbone du secteur du bâtiment représente 30% des émissions de CO2 en France, c’est énorme. De nombreux efforts sont réalisés pour améliorer rapidement la situation. Mais, à l’heure actuelle, les mécanismes d’aides prévus amènent de la difficulté par leur complexité. Au coût des travaux qui empêche les particuliers de prévoir une rénovation globale, s’ajoutent les méandres administratifs à emprunter pour bénéficier des aides au financement. Tout est trop complexe, illisible, avec des délais décorrélés de ceux des artisans. Le système, dans sa réalité actuelle, ne permettra pas d’atteindre les objectifs fixés en matière de rénovation énergétique. La trajectoire carbone visée nécessite donc de changer d’échelle et d’accélérer le processus en facilitant et libérant l’accès aux aides. »

Mieux accompagner les particuliers dans leur projet de construction

Dans ce contexte, pour développer la rénovation énergétique, des solutions d’accompagnement des particuliers sont nécessaires. « Nous avons fait ce constat chez Citévo : il faut les aider pour qu’ils réalisent une rénovation globale en une seule fois plutôt que d’échelonner les travaux sur plusieurs années, ce qui est moins efficace. 

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